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Nous avons tous eu un fouteur de m** dans notre équipe, comment vous l’avez géré ?

Organisé par L' équipe CooPulse
Mardi 22.09.2026

Notre réunion avait pour objet

Il suffit parfois d’une seule personne pour modifier profondément l’équilibre d’une équipe. Pas nécessairement parce qu’elle travaille mal. Pas nécessairement parce qu’elle enfreint ouvertement les règles. Et pas toujours d’une manière suffisamment nette pour permettre au manager d’intervenir immédiatement.

Lors de cet atelier CooPulse, des managers ont confronté des situations réellement vécues : collaborateur performant mais déstabilisant pour le collectif, contestation permanente de la hiérarchie, négligences répétées, influence exercée dans les relations informelles.

Derrière l’expression volontairement provocatrice de « fouteur de m*** », une question beaucoup plus complexe : comment reconnaître qu’un comportement individuel commence à fragiliser une équipe, et que peut réellement faire le manager ? Les situations ont été anonymisées et certains éléments volontairement généralisés afin d’empêcher l’identification des personnes concernées.

Objectifs de la réunion

  • Identifier les principales formes de comportements déstabilisateurs rencontrées par les managers, sans réduire les personnes à une étiquette psychologique.
  • Comprendre comment une situation individuelle peut progressivement atteindre le collectif, y compris lorsque la performance professionnelle reste bonne.
  • Examiner ce que le recrutement peut réellement permettre d’anticiper, et ses limites.
  • Faire émerger les leviers utilisés ou identifiés par les managers lorsqu’une situation commence à affecter l’équipe.

Synthèse du déroulement

I. QUATRE FIGURES RENCONTRÉES SUR LE TERRAIN

Les expériences racontées pendant l’atelier ont fait apparaître quatre figures récurrentes.

Il ne s’agit ni d’une typologie scientifique ni de profils psychologiques. Les termes utilisés sont des raccourcis pour regrouper des comportements et des dynamiques observés ou rapportés. Une même personne peut d’ailleurs en présenter plusieurs ou évoluer avec le temps.

Nous catégorisons ici des comportements, pas des individus.

  • Le performeur toxique

C’est le cas le plus paradoxal.

Le collaborateur travaille bien. Parfois même très bien. Il maîtrise son métier, peut être apprécié des clients et bénéficier de la confiance de sa hiérarchie.

Pourtant, autour de lui apparaissent progressivement tensions, défiance, démotivation ou conflits. Le manager se retrouve alors face à une contradiction : les résultats individuels sont bons, mais quelque chose se dégrade dans le collectif.

  • Le rebelle ouvert

Ici, le conflit est visible : décisions contestées, opposition fréquente à la hiérarchie, règles systématiquement discutées.

La situation peut être éprouvante, mais elle présente au moins un avantage : le désaccord est observable. Le manager dispose plus facilement de faits sur lesquels travailler.

  • Le saboteur passif

Le problème apparaît davantage dans ce qui n’est pas fait : informations non transmises, tâches laissées aux autres, problèmes connus mais non signalés, négligences répétées. Pris séparément, chaque événement peut sembler mineur. C’est leur accumulation qui finit par révéler un fonctionnement.

  • Le manipulateur

C’est la figure la plus difficile à objectiver. L’influence passe davantage par les relations : confidences, alliances, discours différents selon les interlocuteurs, tensions qui se déplacent progressivement dans l’équipe. Le manager ne peut pas connaître les intentions réelles d’une personne. Il peut en revanche en observer les conséquences : conflits inhabituels, perte de confiance, clans ou modification du comportement de certains collègues.

II. LE CAS DU PERFORMEUR TOXIQUE, ANATOMIE D’UNE DÉSTABILISATION

Le cas le plus approfondi pendant l’atelier est celui d’une collaboratrice expérimentée, excellente professionnelle, appréciée dans son travail et ayant progressivement gagné la confiance de sa hiérarchie. Pendant longtemps, aucun problème particulier. Puis, sur les derniers mois de la relation de travail, quelque chose change. Son travail reste bon. Et dans sa relation directe avec le manager, le contraste est saisissant : longues conversations, confidences, marques de sympathie et forte proximité apparente.

Mais parallèlement, un discours très négatif circule auprès de certains collègues : critiques de l’établissement, de son fonctionnement et de sa direction, encouragements à envisager d’autres horizons.Le manager en connaît une partie. Et c’est précisément ce qui rend le cas intéressant.

Savoir… mais intervenir sur quoi ?

Que peut réellement reprocher un manager à une salariée qui accomplit correctement son travail mais critique l’entreprise ou son manager dans des conversations informelles, notamment en dehors du travail ? Il peut s’en inquiéter. Il peut observer la situation. Mais il ne peut pas raisonnablement chercher à contrôler toutes les conversations et relations entre collègues.

La situation change lorsqu’une collaboratrice expérimentée, proche professionnellement du manager depuis longtemps, envisage de démissionner.

Les discussions sont longues. Elle ne quittera finalement pas l’entreprise.

Mais cet épisode révèle surtout que ce qui pouvait jusque-là apparaître comme des conversations, des critiques et des relations interpersonnelles commence à produire une conséquence concrète sur l’organisation. Le problème vient de changer de nature.

III. À QUEL MOMENT LA SPHÈRE INFORMELLE DEVIENT-ELLE UN PROBLÈME MANAGÉRIAL ?

À quel moment un comportement relevant initialement de la sphère informelle devient-il un problème managérial parce que ses effets atteignent l’entreprise ?

C’est probablement la question centrale issue de ce cas. Les salariés parlent entre eux. Ils créent des affinités. Ils critiquent parfois leur entreprise ou leur hiérarchie. Tout cela ne constitue pas automatiquement un problème de management.

La frontière commence à se déplacer lorsque cette dynamique produit des conséquences professionnelles observables : coopération dégradée, conflits répétés, informations qui circulent moins bien, désengagement, constitution de clans ou volonté de départ. Le véritable seuil d’alerte n’est donc pas nécessairement ce qui est dit. C’est ce que cela commence à produire.

Le paradoxe de la performance

Le cas révèle également un autre angle mort. Nous savons relativement bien évaluer ce qu’un collaborateur produit individuellement. Nous mesurons beaucoup moins bien ce que sa présence produit sur la capacité des autres à travailler correctement.

Or une personne peut parfaitement remplir ses missions tout en générant progressivement un coût collectif : temps managérial, tensions, fatigue des collègues, perte de confiance ou départ potentiel d’un autre salarié. D’où une question qui dépasse largement le cas étudié :

Un collaborateur performant individuellement est-il toujours performant pour l’organisation ?

IV. RECRUTEMENT, PEUT-ON VRAIMENT LES VOIR VENIR ?

La question est naturellement apparue pendant l’atelier : aurait-on pu détecter ces comportements avant l’embauche ?

Plusieurs pratiques ont été évoquées : vérifier les références lorsque cela est possible, croiser le regard de plusieurs recruteurs, approfondir le parcours du candidat et observer la manière dont il parle de ses précédentes expériences.

Un candidat qui décrit systématiquement tous ses anciens employeurs ou collègues comme responsables de ses difficultés peut, par exemple, justifier que l’on approfondisse certains points. Mais les échanges ont aussi fait apparaître une limite importante.

L’entretien reste une situation préparée

Les candidats connaissent les codes du recrutement. À la question « comment réagissez-vous lorsqu’un conflit apparaît dans votre équipe ? », peu répondront qu’ils alimentent le conflit. Les questions comportementales, les références ou une conversation plus informelle peuvent apporter des informations. Aucune de ces méthodes ne permet de prédire avec certitude le comportement futur d’une personne. Et le cas étudié apporte une limite supplémentaire : la collaboratrice n’a pas posé problème dès son arrivée. Elle a travaillé normalement pendant une longue période avant qu’une nouvelle dynamique n’apparaisse.

On ne peut pas détecter au recrutement un comportement qui n’existe pas encore.

Le recrutement reste donc un filtre utile. Pas une garantie.

L’enjeu se déplace alors vers la période qui suit : Comment détecter qu’un comportement ou une dynamique relationnelle est en train de changer ?

V. UNE FOIS LE PROBLÈME IDENTIFIÉ, QUELS LEVIERS RESTENT AU MANAGER ?

La tentation consiste souvent à chercher à qualifier la personne : toxique, manipulatrice, ingérable, négative.

Mais ces mots donnent finalement peu de leviers.

Le manager gagne davantage à documenter ce que la personne fait et ce que cela produit qu’à chercher à démontrer ce qu’elle est.

Revenir aux faits

Quels comportements ont réellement été observés ? À quelle fréquence ? Dans quel contexte ? Avec quelles conséquences ?

Cette distinction permet de sortir progressivement des impressions, des rumeurs et des conflits de personnalité.

Écouter les personnes concernées

Dans une équipe dégradée, chacun possède sa propre lecture de la situation.

Des échanges individuels permettent de recueillir plusieurs perceptions avant de conclure et, parfois, de découvrir un problème plus large que celui initialement identifié.

Nommer les conséquences professionnelles

Le manager n’a pas besoin de démontrer qu’une personne est « manipulatrice ».

Il peut en revanche travailler sur des comportements qui affectent concrètement l’activité : coopération devenue difficile, informations non transmises, conflits répétés, règles non respectées ou comportements professionnels inappropriés.

Poser un cadre

Comprendre les raisons d’un comportement ne signifie pas devoir en accepter indéfiniment les conséquences.

Lorsque les faits sont établis, les attentes doivent être explicites : ce qui pose problème, ce qui doit changer et ce qui sera observé dans la durée.

Ne pas donner d’immunité à la performance

C’est probablement l’un des principaux enseignements de l’atelier.

Un collaborateur performant peut devenir difficile à recadrer précisément parce que l’entreprise craint de perdre ses compétences.

Mais si cette performance se paie par la démotivation ou le départ d’autres personnes, son coût réel doit être réévalué à l’échelle du collectif.

Créer des remontées sans organiser la surveillance

L’objectif n’est pas que les collaborateurs viennent raconter au manager toutes leurs conversations.Il est qu’ils puissent signaler suffisamment tôt :

« Cette situation commence à affecter mon travail ou l’équipe. » Avant d’arriver à :« Je veux partir. »

VI. CE QUE L’EXPÉRIENCE CHANGE DANS LA MANIÈRE DE MANAGER

Avec le recul, plusieurs enseignements ressortent des situations racontées.

  • Le premier est de ne pas confondre performance et contribution au collectif.
  • Le deuxième est de regarder davantage les conséquences que les personnalités. Une critique, une mauvaise humeur ou un conflit ponctuel ne suffisent pas. Leur répétition et leur impact sur les autres sont beaucoup plus instructifs.
  • Le troisième concerne le recrutement : chercher à réduire les risques est légitime ; croire que l’on peut éliminer toute personnalité problématique avant l’embauche ne l’est pas.

Enfin, ces expériences montrent toute la difficulté du seuil d’intervention. Intervenir trop tôt sur des rumeurs ou des relations personnelles peut être injuste et contre-productif.

Attendre alors que les conséquences professionnelles deviennent répétées peut laisser la situation s’installer. La difficulté managériale se situe précisément entre les deux.

Conclusions de la réunion

  • 1. Il n’existe pas un profil unique de collaborateur déstabilisateur. Les comportements rencontrés peuvent être frontaux, passifs, relationnels ou parfaitement compatibles avec une excellente performance individuelle.
  • 2. La performance individuelle peut masquer un coût collectif. La question n’est pas seulement « travaille-t-il bien ? », mais aussi « que produit sa présence sur la capacité des autres à travailler ? ».
  • 3. La sphère informelle n’est pas automatiquement un sujet managérial. Elle le devient potentiellement lorsque ses effets commencent à atteindre concrètement le fonctionnement de l’entreprise.
  • 4. Le recrutement peut réduire certains risques, mais pas prédire tous les comportements futurs. Certains apparaissent avec le temps ou à la suite d’un changement de contexte.
  • 5. Les comportements observables donnent davantage de leviers que les étiquettes. Le manager n’a pas besoin de diagnostiquer une personnalité pour intervenir sur des conséquences professionnelles.
  • 6. Le véritable enjeu est le seuil d’intervention. Ni surveiller les relations entre salariés, ni attendre que le problème devienne une crise

Actions à mener

  • Observer l’impact collectif en plus de la performance individuelle. Intégrer davantage la coopération, la circulation de l’information et l’effet sur les autres dans l’appréciation d’une situation.
  • Documenter les faits récurrents. Une chronologie permet de distinguer l’incident isolé d’une dynamique qui s’installe.
  • Créer des espaces réguliers de remontée. Permettre aux collaborateurs d’évoquer une difficulté qui affecte leur travail sans installer une culture de dénonciation.
  • Recadrer sur des comportements précis et leurs conséquences. Éviter les diagnostics de personnalité qui sont difficiles à démontrer et peu opérationnels.
  • Ne pas accorder d’immunité à la performance. Réévaluer la performance individuelle lorsqu’elle s’accompagne d’un coût collectif significatif.
  • Au recrutement, croiser les informations sans prétendre prédire l’avenir. Références, plusieurs regards et analyse du parcours peuvent réduire certains risques, jamais les supprimer.
  • Solliciter un appui RH ou juridique lorsque la situation dépasse le seul management. Les difficultés relationnelles, les comportements professionnels fautifs et une éventuelle procédure disciplinaire ne relèvent pas des mêmes réponses.

Prochaine réunion

Jeudi 08.10.2026

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